Vingt ans après, qu’est devenu Jon Shannow ? La question interpelle le lecteur sur la quatrième de couverture, qu’on délaisse vite pour remettre le livre dans le bon sens et plonger dans ces dernières aventures de « l’Homme de Jérusalem ». Deux décennies se sont donc écoulées depuis la conclusion de L’Ultime Sentinelle. On apprend que notre pistolero préféré a rangé ses colts, ses éperons, et qu’il s’est consacré tout entier à sa mission de pasteur, apôtre de la parole du Christ… et de la non-violence ! Finies, les cavalcades et les tueries dans l’odeur de la poudre entre deux lectures de la Bible. Ayant repris son véritable patronyme Jon Cade, Shannow est devenu aussi doux qu’un agneau, au point d’indisposer sa compagne Beth McAdam, femme de caractère qui a fini par le mettre à la porte. Mais le monde cruel et barbare d’après « la Chute » va s’inviter à nouveau dans la vie du héros. Les instincts combattifs de Jon se réveillent, ainsi que sa rapidité légendaire à dégainer…

David Gemmel n’a lui non plus rien perdu de sa fougue entre les deux tomes de sa saga post-apocalyptique. Ce dernier épisode pousse plus avant l’exploration de la thématique du voyage dans le temps, abordée dans le volume précédent, enrichie par celle des univers parallèles. La narration éclatée entre plusieurs groupes de personnages (Shannow n’est donc pas toujours sur le devant de la scène) et jalonnée par de nombreuses excursions dans des réalités alternatives peut rendre l’expérience de lecture déroutante si l’on n’y prête pas une attention soutenue. Heureusement, le style de Gemmel, qui se plaît aussi beaucoup à glisser des flashbacks subreptices au cœur des dialogues ou des monologues intérieurs, ne manque jamais de rigueur et de fluidité, des boussoles précieuses qui évitent que l’on s’égare pour de bon à chaque bifurcation spatio-temporelle du récit.

Il est vrai que David Gemmel aurait pu se contenter d’un diptyque, le tome précédent proposant une conclusion tout à fait acceptable pour admettre que l’auteur dise adieu à Shannow. Cependant l’Homme de Jérusalem a de nombreux fans qui, à l’époque (rappelons que les trois éditions poche publiées cette été par Bragelonne sont des rééditions après une première publication dans les années 2000) réclamèrent haut et fort une aventure supplémentaire. Les lecteurs de la première heure retrouvent ainsi, face à Shannow et à une poignée d’hommes et de femmes de bien, le personnage de Sarento, ou plutôt son double issu d’une réalité parallèle. Ayant fusionné avec une pierre Sipstrassi, source de magie, Sarento est devenu une incarnation ultime du mal, mu par une avidité sans borne de sang et de mort. Cette opposition pouvait donner lieu à une lutte manichéenne entre bons et méchants, mais sous la plume du Britannique, évidemment il n’en est rien : tous autant qu’ils sont, les personnages s’avèrent toujours riches, dotés d’une vraie épaisseur, et se débattent souvent avec leurs incertitudes et contradictions (seuls les salauds suivent une pensée rectiligne et ne doutent de rien). Les dialogues très naturels et captivants théorisent même à l’occasion sur la morale politique, mais sans jamais pontifier ni asséner de soi-disant vérités. Ajoutons enfin que le dénouement magnifique et surprenant crée carrément un vertige et achève de rendre passionnant ce dernier volet, bien sûr indispensable si vous avez lu et apprécié Le Loup dans l’ombre et L’Ultime Sentinelle.

Disponible en librairie depuis le 16 août 2018.