L’affiche française, encore plus que son pendant anglais, capitalise sur l’aura (encore intacte, 130 ans après les faits) de la ténébreuse affaire de Jack l’Éventreur. Nous voici donc en pleine Angleterre victorienne, à Londres, huit ans avant les tristement célèbres meurtres de Whitechapel. Dans le quartier de Limehouse, également dans l’East End, sévit un tueur en série que la population en émoi a surnommé le Golem. L’assassin frappe des victimes aux profils très divers, sans lien apparent, et la police est dans l’impasse. Scotland Yard laisse l’affaire aux mains de l’inspecteur Kildare, de mauvaise réputation car soupçonné d’homosexualité, un bouc émissaire idéal en cas d’échec de l’enquête.

L’intrigue criminelle est prenante, les investigations passent par des scènes de crime sordides où les intérieurs crasseux servent d’écrins macabres aux cadavres mutilés. Mais étonnamment, le plus intéressant ne se cache pas toujours dans les méandres des pistes suivies par le vieux limier Kildare (Bill Nighy, ci-dessus) : l’enquête va mener le pandore (et son adjoint George) au cœur du monde nocturne des spectacles de music-hall, très courus à l’époque. Le film ressuscite avec inspiration (costumes, décors et lumière sont à la hauteur) cet univers de cabarets fourmillants et enfumés, et le scénario, adapté d’un roman, convoque une figure bien réelle de la fin de l’ère victorienne, Dan Leno (joué par Douglas Boothe), comédien alors célèbre pour ses numéros de pantomime. Autour de la vedette gravite toute une troupe d’acteurs, danseurs, saltimbanques, un tableau très vivant dans lequel s’est épanouie la jeune Lizzie (Olivia Cooke), une orpheline de basse condition qui s’est trouvé une famille de substitution — et une vocation d’artiste — en intégrant l’entourage de Leno. Lorsque le film débute, Lizzie se retrouve les menottes aux poignets, suspectée d’avoir empoisonné son mari dramaturge. Au fil de ses déductions, l’inspecteur Kildare va peut-être établir un lien entre l’affaire d’assassinat conjugal et les abominations perpétrées par le Golem…

Le réalisateur Juan Carlos Medina est américain, ce qui ne l’a pas empêché pas de diriger avec brio des comédiens jouant dans un idiome british très académique (les dialogues se dispensent des tournures argotiques d’époque portant inhérentes à la gouaille londonienne, dans le souci, sans doute, de rendre le film accessible au grand public US). Le cinéaste s’autorise aussi quelques arrangements pour alléger la mise en scène des numéros de cabarets (les passages musicaux, nombreux, se déroulent sans musiciens !), mais cela ne suffit nullement à gâcher le plaisir qu’on a à suivre l’intrigue bien ficelée et les personnages plutôt attachants. La conclusion ménage un coup de théâtre cruel, efficace, ce qui, dans le contexte des spectacles populaires et des numéros de cabaret à sensations, était aussi la moindre des choses.

Golem, le Tueur de Londres fera partie de la liste de films en compétition au prochain Paris International Fantastic Film Festival. Le PIFFF, septième édition, se tiendra du 5 au 10 décembre prochains au cinéma Max Linder.

Site officiel du PIFFF