Curieusement, Stellamara est un groupe américain et l’écoute de leur album The golden thread ne laisse pas présager cette particularité. On pensera plutôt à l’Europe de l’Est, aux Balkans et au Moyen-Orient et pour cause les membres de Stellamara ont tous baigné et grandi dans ces cultures à l’image de la fondatrice du groupe, la chanteuse Sonja Drakulich, née de parents serbes et hongrois et qui a grandi dans un quartier arménien de Los Angeles. Elle symbolise le brassage des cultures et l’héritage musical du groupe qui navigue des musiques médiévales européennes aux musiques arabes et perses en passant par la musique des Balkans. Pour preuve de cet éclectisme, le multi instrumentiste du groupe, Gary Hegedus, étudie même la musique bretonne et celtique.
A l’écoute de Stellamara, on pensera bien évidemment aux bulgares de Irfan mais aussi à l’univers des films de Kusturica. Le répertoire de Stellamara est principalement composé de chants et musiques traditionnels et la Turquie occupe à ce titre une place de choix avec 3 morceaux. La richesse des instruments orientaux (Oud, Darbuka, Rabâb afghan, Baglama) ne fait que confirmer cette influence prédominante. Ce voyage au carrefour des civilisations nous emmènera aussi en Hongrie, en Bulgarie et en Croatie sans compter les nombreuses influences qui émaillent des différentes compositions. Beaucoup de ces dernières adoptent la même structure que les morceaux d’Irfan, à savoir une mise en avant de l’impressionnante voix de la chanteuse ponctuée de longues lamentations musicales et mélancoliques (« Aman Doktor », « Odam Kireç »). Mais Stellamara est loin d’être une pâle copie de Irfan et s’écarte parfois des rythmes lancinants pour des morceaux plus rythmés comme l’atteste le sublime instrumental « Azade » qui réalise la fusion parfaite entre la musique orientale et la musique balkanique avec ses pointes de musique tzigane qui font songer aux tarafs. Le chant de Sonja sait aussi se faire plus grave sur l’invocation à « Lado », une ancienne déesse slave de la fertilité, un chant profond et tourmenté qui rappelle la bande originale du Temps des Gitans.
The golden thread est une grande réussite qui retranscrit toute la magie de cette région où le brassage des populations européennes, turques et arabes a permis un héritage culturel, historique et humain hors du commun. Il n’en reste pas moins dommageable que tant de groupes parviennent à faire coexister toutes ces cultures, historiquement entrelacées, dans la musique alors que dans la réalité les tensions restent parfois vives entre ces États puisque toutes les plaies du passé n’ont pas été pansées dans cette région du monde.
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