Traduit en français, Tachiguishi retsuden donne Vie des illustres écumeurs de gargotes. Un titre qui sonnerait presque comme celui d’une thèse de socio : Mamoru Oshii entreprend avec ce film de raconter l’histoire de son pays, des années chaotiques de l’après-guerre au Japon actuel, à travers l’évolution des échoppes de restauration rapide et des méfaits de nombreux clients pique-assiettes. L’art de la resquille dans les restos à nouilles aurait ainsi permis l’apparition de figures devenues légendaires dans la mémoire des Japonais, telles que Ginji Gobe-la-lune, Ogin la renarde aux croquettes, Inumaru le pleurnichard, Tatsu la saucisse…

Évidemment, tout cela est un peu de la blague. De semblables écumeurs ont bien existé (de l’aveu même d’Oshii, le sujet de ce film lui a trotté dans la tête pendant 25 ans), mais ce documentaire semi-parodique apparaît surtout comme le support à une expérimentation grandeur nature du procédé dit de « super live motion » (ou « Oshii-motion », carrément !). « L’idée qui m’a traversé l’esprit était de prendre en photo chaque rédacteur, romancier, réalisateur… chaque personne que je connaissais, et ensuite de m’amuser avec ces photos sans retenue », révèle Mamoru Oshii lors d’une conférence de presse présente dans les bonus. Le directeur de la photo a ainsi pris quelque 30.000 clichés (!!) sur fond bleu des « comédiens » recrutés (donc tous des proches de Mamoru Oshii : se sont prêtés au jeu, par exemple, le compositeur Kenji Kawai ou le réalisateur de Stand Alone Complex, Kenji Kamiyama), clichés qu’une myriade d’infographistes a ensuite assemblés pour aboutir aux séquences d’animation en 3D « plate » qui constituent le film.

  

Des moyens techniques et humains considérables, mais grosso modo, cette « super live motion » renvoie ni plus ni moins au principe des animations/collages que Terry Gilliam a réalisés il y a 40 ans pour le Monty Python’s Flying Circus. Des petites « pastilles » visuelles rigolotes d’une minute glissées entre deux sketches. Le problème est qu’Oshii, lui, trouve « amusant » d’étirer le procédé sur 1h45… Qu’importe, donc, la maîtrise technique : même s’il réserve quelques séquences franchement drôles, Tachiguishi retsuden devient très vite lassant, voire assommant car il faut en plus encaisser, en guise de commentaire, une logorrhée aussi absconse qu’omniprésente ! Un écueil majeur, le principal défaut du métrage, dont le réalisateur se montre parfaitement conscient, comme il l’avoue également dans les bonus : « Le film donne l’impression de vous forcer à écouter la narration. C’est comme un sermon, comme si on vous criait dans les oreilles ! Je ne pensais pas que ça donnerait cette impression au final. Il m’a donné mal à la tête. »

Bref, aux plus curieux et résistants d’entre vous de tenter l’expérience…

Image : 1.77, 16/9 compatible 4/3.

Son : version japonaise et version française, 2.0 et 5.1. La v.f. atténue beaucoup l’aspect exagérément sentencieux du commentaire en voix off. La diction est également moins rapide. D’où un mal de tête plus léger après le visionnage !

Sous-titrage : français.

Bonus : sur un second disque. Making-of et effets spéciaux (84′), interview (28′) de Mamoru Oshii par Kenta Fukasaku (fils de Kinji et réalisateur de Tokyo Girl Cop), bandes annonces.