On n’en sait toujours pas plus au sujet de l’identité réelle d’Uketsu (littéralement, « fosse à pluie »). L’auteur énigmatique, de son propre aveu, estime que pas plus de trente personnes autour de lui connaissent à la fois son nom, son visage et son activité littéraire. Pour le reste de l’humanité, l’auteur de Strange Pictures (paru en janvier — lire notre chronique) demeure tel qu’on le voit sur le bandeau, silhouette noire aux traits dissimulés par un masque de papier mâché (on pense un peu au « Sans-Visage » du Voyage de Chihiro d’Hayao Miyazaki). Indéniablement, cet anonymat apporte une touche supplémentaire de mystère à l’œuvre du bonhomme, laquelle, pour notre rentrée française, s’enrichit d’un nouveau titre.
Quand on a eu Strange Pictures entre les mains, impossible de passer sans le voir à côté de Strange Houses : le titre comme l’aspect visuel de la couverture sont un rappel évident du roman précédent. Le personnage-narrateur (qui, lui non plus, ne dévoile pas son nom) nous raconte l’étrange enquête qu’il est amené à conduire, suite à la demande d’un ami, Yanagioka. Ce dernier cherche un nouveau logement, et il est tombé sur une affaire intéressante, à ceci près que les plans de la maison qu’il envisage d’acheter présentent des anomalies un peu perturbantes. Il demande conseil à notre narrateur, du reste journaliste spécialisé dans l’occulte et le paranormal.
Les héros de Strange Pictures se creusaient la tête en se penchant sur de curieux dessins. Cette fois, ce sont des études de plans de masse qui poussent les personnages à s’interroger. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les occupants de plusieurs maisons (celle à l’origine de l’intrigue, puis d’autres) ont fait dessiner leur demeure selon des exigences particulières, et l’examen de la distribution des pièces va permettre de révéler une série de crimes. La démarche est toujours originale et aussi ludique que l’interprétation des croquis de Strange Pictures. Quant à la quatrième de couverture, elle ne ment pas en promettant un fin mot de l’histoire « terrifiant ». Un bémol, quand même ? Oui : si la plume est d’un style simple et prosaïque, sans effet particulier (on n’est pas loin de « l’écriture blanche » définie en son temps par Roland Barthes), la reconstitution du « plan d’ensemble » des diverses histoires dans les diverses maisons implique de commenter les faits et gestes d’un nombre de personnages qui va crescendo, et, au fil des pages, il faut consentir à un peu de gymnastique intellectuelle pour les situer tous les uns par rapport aux autres (un conseil : armez-vous d’un crayon et d’une feuille de format A3 pour tracer non pas le plan d’une maison, mais un arbre généalogique !). Et si vraiment, au final, on a encore du mal à relier tous les points, une publicité en dernière page nous informe d’un ultime recours sous la forme d’une adaptation du roman en manga. Dessiné par Kyo Ayano, The Strange House fera l’objet de plusieurs tomes (le premier sera disponible le 19 septembre 2025, édité par Kana).
En librairie le 12 septembre 2025.