On a longtemps considéré que la plupart des longs métrages consacrés aux loups-garous trouvaient leurs racines dans The Wolf Man de George Waggner. La performance de Lon Chaney dans le rôle-titre et le cadre historique dans lequel s’inscrivait le classique d’Universal ont fait de ce film mythique une référence incontournable.

Aux origines de la bête
« Même un homme au cœur pur qui dit sa prière le soir, peut devenir loup quand l’aconit fleurit et que la lune d’automne brille ». C’est par ce poème qu’est introduit The Wolf Man, sorti sur les écrans en 1941, alors que le monde se déchire sur fond de croix gammée. Pour ce nouveau film de monstre, Universal Pictures décide de puiser dans les fondations des légendes d’antan, quand les hommes croyaient que certains de leurs congénères pouvaient se transformer en animal. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que des êtres humains, dont la pilosité était plus qu’anormale, étaient alors affichés comme bêtes de foire, affolant les regards de personnes avides de sensations fortes. Le thème du prochain film de la célèbre maison de production était tout trouvé, afin de donner l’occasion d’une nouvelle interprétation magistrale à son acteur fétiche, Boris Karloff.
 
 
Le scénario « Le Loup-garou », écrit par le réalisateur Robert Florey, raconte l’histoire d’un jeune garçon dont la famille est tuée par des loups et qui sera élevé par eux. Pour en devenir un lui-même à la fin. Un scénario qui avait déjà servi de prétexte au Monstre de Londres, en 1935, et qui fut remis entre les mains de Curt Siodmak, Juif allemand rendu célèbre par ses romans de science-fiction et ayant quitté rapidement l’Allemagne d’Hitler. Il décide de remanier le script de Florey et de débuter son histoire par le retour au pays de Larry Talbot, un fils de lord anglais, dont le frère vient de mourir. En chemin, il croise une troupe de gitans et se fait malmener par le chef qui, la nuit venue, se transforme en loup-garou. Talbot tue la bête mais se fait mordre durant le combat. Il devient lui-même un loup-garou.
 
Un casting de rêve
George Waggner est appelé pour réaliser le film. Toutefois ce n’est pas Boris Karloff, mais bien Lon Chaney Jr, qui interprètera Larry Talbot, le loup-garou. Chaney était devenu célèbre pour ses rôles de monstres et sa capacité à se maquiller lui-même. Pourtant, « l’homme aux mille visages » devra pour ce nouveau film se laisser grimer par Jack Pierce, l’un des plus célèbres maquilleurs de la profession, ce qui créa bien évidemment plusieurs altercations durant le tournage. Six heures de maquillage le matin, trois heures le soir, des périodes de stress pour les deux hommes dont la rivalité n’était plus à prouver.
 
 
Le tournage eut lieu dans un décor d’Universal surnommé « le village européen », ayant déjà servi pour plusieurs films et que l’on pouvait transformer à loisir. Siodmak voulut d’ailleurs que son histoire ne se déroule pas dans un environnement réaliste, si bien que The Wolf Man semble se dérouler dans un cadre onirique, irréel. La présence au générique de Bela Lugosi, célèbre, à l’époque, pour son interprétation de Dracula, est par ailleurs amusante, car la créature du loup-garou est souvent liée à celle du vampire: Dracula ne peut-il pas lui-même se transformer à volonté en cette autre créature de la nuit…
 
La sensibilité de Siodmak et l’interprétation de Lon Chaney Jr firent de The Wolf Man un nouveau succès pour Universal. C’est pourquoi le studio fit de nouveau appel à cette équipe pour Frankenstein meets The Wolf Man, bien que ce dernier soit mort dans le premier long métrage. Cette production permit pour la première fois à deux monstres sacrés du cinéma de se rencontrer dans un même film. Plusieurs suites porteront Chaney Jr à l’écran, pour le meilleur et pour le rire (avec Abbott et Costello). À l’heure où Benicio del Toro va endosser les poils du loup-garou pour une nouvelle interprétation du monstre, nous voulions rendre hommage à l’un des derniers films de l’âge d’or des films d’horreur Universal, un studio qui avait déjà compris qu’on ne tue jamais un monstre. Jamais…
 
Remake !
En 2009 sortira The Wolf Man de Joe Johnston, remake du Loup-Garou de George Waggner. Comment remet-on pareil classique au goût du jour ?
 
Les scénaristes Andrew Kevin Walker (Sleepy Hollow, Se7en) et David Self (Hantise, Les Sentiers de la perdition) se devaient de moderniser quelque peu cette histoire déclinée des dizaines de fois depuis le classique de l’écurie des Universal Monsters. L’intrigue originale s’est donc doublée d’une enquête policière: alors que Talbot (le génial Benicio del Toro) noue des liens intimes avec la fiancée de son frère disparu (Emily Blunt), dénoue des relations complexes avec son père (Anthony Hopkins, qui succède au superbe Claude Rains), et se renseigne sur la mort de son frère, il est traqué par un curieux détective de Scotland Yard, Aberline (Hugo Weaving), qui enquête sur les meurtres sanglants commis par le héros pendant ses périodes de transformation. Nul doute que ces péripéties supplémentaires favoriseront l’introduction de superbes effets visuels ! Le film explorera également plus avant le passé du héros, afin de continuer à creuser sa psychologie et le réalisme de cette tragédie horrifique.
 
 
Voir le loup
Après de nombreuses difficultés à trouver un réalisateur — Joe Johnston a succédé à Mark Romanekalors que la production du film était déjà à un stade avancé —, ce projet nanti d’un budget de 85 millions de dollars n’avait plus qu’à trouver un maquilleur toutes catégories pour rendre le monstre plus terrifiant que dans la version originale. C’est Rick Baker, créateur des lycanthropes de Wolf, du Loup-garou de Londres et de Hurlements, qui a relevé le défi de transformer del Toro en boule de poils à dents acérées: difficile, en effet, de métamorphoser radicalement un acteur déjà fortement poilu en bête carnassière plus velue encore… Baker a choisi de reprendre des éléments du look du loup-garou de 1941 pour les rendre plus dynamiques et terrifiants, conservant ainsi un certain côté old school.
Il s’agissait en effet de respecter un esprit de cinéma à l’ancienne, celui que Stephen Sommers avait promis avec Van Helsing (2004) et que Johnston, en honnête faiseur, a entretenu tout au long de sa filmographie — Rocketeer (1991), Hidalgo (2004). Secondé par un casting de rêve (Benicio del Toro est un immense fan de l’œuvre d’origine et la charismatique Géraldine Chaplin reprend le rôle de la gitane Maleva, précédemment incarnée par l’inoubliable Maria Ouspenskaya), Johnston propose un des films de loup-garou les plus excitants de ces dernières années. Tourné en Angleterre, aux studios Pinewood de Buckinghamshire, au splendide château de Chatsworth et à Lacock, un village du XIIIème siècle conservé par la National Trust où ont été filmées certaines scènes du prochain Harry Potter, le film promet donc une esthétique soignée et dynamique à la fois. Avec autant d’ingrédients prometteurs, on peut espérer que ce remake ne soit pas… loupé !