Eldiablo, de son vrai nom Boris Dolivet (initiales BD), fut d’abord graffeur de rue dans ses années de jeunesse, puis collaborateur régulier de la revue Psikopat. Et la renommée est arrivée avec le succès des Lascars, co-signés par Seth, des planches déclinées ensuite en série télé puis en long métrage de cinéma. En cette année 2026, Eldiablo s’acoquine avec Nicolas Gemoets, alias Nico Gems, pour créer l’imposant parpaing que voici, 440 pages et pas loin d’un kilo sur la balance. Il n’en fallait pas moins pour laisser s’épanouir le théâtre de gueules de ces Basses Œuvres, où se côtoient caïds de province et hommes de main, flics ripoux ou cons comme des manches, épouses jalouses et strip-teaseuses malheureuses… Il y a même « el Chupacabra », une sorte de justicier, masqué comme il se doit mais pas très fin. Tout ce petit monde compose une sorte de Sin City aux couleurs pétantes, à Portfield, un bled maudit, en Californie mais bien loin des palmiers de L.A.

Voilà la preuve qu’il est encore possible de subjuguer son auditoire en racontant des histoires de gangsters pourtant semblables à mille autres : les auteurs jonglent en maîtres avec stéréotypes et archétypes, ils transcendent les clichés grâce à leur patte, une French touch qui se démarque de Frank Miller, de Scorsese et Tarantino, et qui fait mouche. Les répliques claquent, les chapitres sont rythmés et, dans les cases, Nico Gems travaille ses angles de vue à grands coups de perspectives exagérées, distordues. Et mine de rien, même si tout cela paraît dominé par le bruit, l’hystérie et la violence (attention, c’est nerveux, c’est du brutal, on exécute et torture à tout va), l’histoire ne manque pas d’émouvoir : pour le coup, au-delà des poncifs apparents, le casting recèle quelques profils originaux, souvent touchants. Tout cela donne un véritable grand huit d’émotions vraies qu’il serait criminel de laisser s’empoussiérer sur les étagères des libraires. Rendez-vous le 4 mars chez votre dealer de bouquins pour soulever votre bel exemplaire !

