En matière de prose lovecraftienne, Christophe Thill s’y connaît. C’est même un de nos spécialistes français de l’œuvre de l’auteur américain, ayant contribué à de nombreuses publications (il dirige du reste les éditions Malpertuis, spécialisées dans la littérature fantastique). Et c’est par une préface signée de son nom que débute le présent ouvrage, adaptation en bande dessinée de La Tombe, récit d’H.P. Lovecraft datant de 1917.
Thill nous rappelle qu’à l’époque, Lovecraft, âgé de 27 ans, sortait d’une période dépressive qui le tint plus ou moins à l’écart du monde des vivants pendant six années. Difficile, alors, de ne pas établir d’analogie entre l’auteur et le personnage principal de la nouvelle, Jervas Dudley, un jeune type solitaire et tourmenté. Attiré par les forêts et les cimetières, il cultive une idée fixe : percer le mystère d’un caveau érigé au sein d’une grande propriété abandonnée, à l’écart de la ville.

Comme souvent chez Lovecraft, l’histoire est narrée à la première personne, et sa transposition en BD n’avait rien d’évident : il s’agit d’un récit introspectif, où, objectivement, il ne se passe pas grand-chose. Mais pour peu que le lecteur éprouve le même attrait que le personnage pour les ambiances lugubres, les 70 et quelques pages de l’album s’avèrent assez délectables. Le plaisir réside aussi dans l’approche très « todorovienne » du fantastique, entretenant l’ambiguïté entre la réalité de ce que vit le personnage-narrateur et les illusions induites par sa fantaisie macabre. Amateur à la bédéphilie gothique et intellectuelle, cet album est pour toi.

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