En ce début de XIXème siècle, la société des magiciens du Yorkshire vaque paisiblement à son activité d’étude de la magie lorsqu’un nouveau membre demande candidement pourquoi celle-ci n’est plus pratiquée en Angleterre depuis des siècles, s’attirant l’ire de ses pairs. Sa quête le mène alors par hasard à un original érudit, Jonathan Strange qui affirme être magicien pratiquant et pouvoir aider l’armée anglaise à défaire les troupes de Napoléon, si toutefois il se décide à quitter le havre de sa bibliothèque.
 
Susanna Clarke nous brosse une magnifique fresque à la façon d’un roman fantastique du siècle des impressionnistes. Elle emploie un style qui pourra déplaire à certain, mais qui vous plonge immédiatement dans un intérieur anglais et vous pousse à lire paisiblement, presque le petit doigt en l’air, comme si vous savouriez un lapsang souchong délicatement fumé. Il émane de ces pages, rédigées avec talent et méticulosité, un sentiment de sérénité, mais aussi un portrait historique précis et une grande intelligence.
 
De par son style, son volume et son sujet, ce roman ne conviendra pas à tous, mais ceux qui sauront l’apprécier s’en délecteront et prendront plaisir à le découvrir, page après page, se sentant comme auprès d’un bon feu de bois crépitant dans une cheminée et faisant danser des ombres sur les murs dans une douce clarté.