Il y a dans la grande famille du cinéma français (ou plutôt francophone) des gens formidables et prêts à tout. Voyez Silvan Boris Schmid et Dominique Néraud. Le premier est suisse, l’autre est français, ils ont un jour l’idée d’un scénario saugrenu dans lequel les hommes de Néanderthal n’auraient pas disparu corps et bien dans le tourbillon de l’évolution, mais seraient encore vivants, à l’insu de (presque) tous, planqués non pas du côté de l’Himalaya ou au fin fond de la Cordillère des Andes, mais tout simplement dans la verdure douillette des montagnes valaisannes !
Plus fort encore : Schmid et Néraud, leur manuscrit sous le bras, s’en vont démarcher Frank Ribière et Vérane Frediani, fondateurs de la boîte de prod La Fabrique de Films. L’histoire des deux gars est abracadabrante, mais elle leur plaît ! Ribière et Frediani commandent une adaptation (y travaille notamment Alberto Sciamma, le réalisateur de Killer Tongue !), puis trouvent suffisamment de partenaires pour injecter un paquet de millions d’euros dans l’affaire. Et tant qu’ils y sont, ils proposent à deux novices, jusqu’alors spécialistes en effets spéciaux, de faire pour l’occasion leurs grands débuts dans la mise en scène !
 
Le résultat de cette genèse improbable est aujourd’hui sur nos écrans, il s’agit d’Humains, premier long métrage de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin. Ce nouveau duo de movie-makers français (après Maury-Bustillo, Moreau-Palud et Aja-Levasseur) signe un film d’aventures frais, champêtre, où des périls mortels surgissent là où on ne les attendait pas, au milieu des fougères et des pâquerettes. À la croisée des chemins entre Le Projet Blair Witch, The Descent et Les Randonneurs, le scénario suit les pas d’une troupe hétéroclite composée de trois anthropologues (Nahon, Deutsch, Forestier) et d’une famille de touristes menée par Dominique Pinon. Suite à un accident de la route impressionnant où ils auraient dû tous trouver la mort (tant pis pour l’invraisemblance !), les voilà errant dans une nature verdoyante où se dissimule une présence hostile…
 
Cette première œuvre présente bien sûr son lot d’imperfections, telles quelques chutes de rythme ou une difficulté manifeste à trouver le ton juste (le film se présente comme un spectacle familial mais, comme tout survival qui se respecte, il réserve un sort cruel à la plupart des personnages). Humains s’impose pourtant comme un métrage atypique au sein de la production nationale. Ajoutons un sans faute du côté du casting : souvent agaçants dans d’autres films, Sara Forestier et Loránt Deutsch composent des personnages naturels, attachants, et profitent visiblement de l’expérience de ces vieux briscards du cinoche de genre que sont Philippe Nahon et Dominique Pinon.