Comment croire que le Royaume-Uni puisse être le berceau des tueurs en série modernes ? Et pourtant… Derrière leur moustache bien peignée, leur chapeau melon et leur flegme se cachent des figures psychotiques qui ont inspiré le cinéma fantastique britannique. Car lorsque les bonnes manières de façade s’effritent, la véritable identité de ces individus complexes et ambigus se fait jour…

 

 

Catch me when you can !

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street (George King, 1936) est issu d’une légende inspirée, dit-on, d’un fait divers survenu à Londres à l’aube du XIXème siècle. Mais ce sont les événements de 1888 à Whitechapel, dans l’East End londonien, qui marquèrent l’avènement du premier tueur en série moderne: Jack l’Éventreur. Au XXème siècle, le personnage devient incontournable dans le cinéma d’horreur par l’atrocité de ses crimes et son identité demeurée mystérieuse. En 1927, Alfred Hitchcock le met en scène dans Les Cheveux d’or (The Lodger: A Story of the London Fog). Le titre original évoque l’esthétique brumeuse qui servira toutes les adaptations du mythe. Comme le film de Sir Hitch, Jack l’Éventreur (Robert S. Baker & Monty Berman, 1958) et Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur (James Hill, 1965) sont construits autour d’une enquête policière visant à démasquer l’assassin et donnant lieu à toutes sortes d’interprétations. En 1971, la Hammer fait une exception avec La Fille de Jack l’Éventreur (Peter Sasdy), dans lequel la jeune Anna, possédée par l’esprit de son père, commet de nouveaux crimes.

 

 

“Radiographie d’un esprit malade”(1)

Dans les années 1960-70, une série de films s’intéresse davantage aux psychopathes qu’à leurs victimes. Michael Powell livre avec Le Voyeur (1959) la “radiographie de la pensée perverse”(1) de Mark Lewis, figure vampirique dont l’enfance fut marquée par les obsessions de son père, et qui se nourrit de ses victimes féminines pour soulager ses pulsions érotico-macabres. On peut observer un cas similaire avec le personnage de John Reginald Christie, L’Étrangleur de Rillington Place. Dans ce film de 1970, Richard Fleischer raconte avec maestria les méfaits de ce véritable Landru anglais menteur et manipulateur, interprété à l’écran par Richard Attenborough. Enfin, pour son retour, en 1972, sur le sol britannique, Alfred Hitchcock réalise Frenzy, film à l’humour so British dans lequel le cinéaste s’amuse avec les apparences du dandy rangé en faisant de son héros un serial killer malchanceux armé d’une cravate.

 

 

 

Les psychopathes face à la société

Les psychotiques sont des êtres marginaux pris au piège dans un monde parallèle fabriqué de toutes pièces par leur imaginaire. C’est dans cette optique que Roman Polanski réalise Répulsion (1965), où Catherine Deneuve campe une jeune femme que sa négation de l’amour pousse au crime. Un prélude à la paranoïa rampante que le cinéaste cosmopolite mettra en scène dans l’éprouvant Le Locataire, en 1976.

La folie meurtrière naît parfois de l’expression déviante de l’imagination. Shining (1980) de Stanley Kubrick explore l’aliénation progressive de Jack Torrance, romancier esclave de la bouteille venu retrouver l’inspiration dans un hôtel isolé et peuplé par les fantômes du passé. Dans Orange mécanique (1971), le même Kubrick met en images les aventures ultra-violentes d’Alex de Large, un psychopathe dans toute son horreur qui n’a de cesse de terroriser la population. Mis aux arrêts, le jeune homme se voit proposer un moyen de se libérer de sa folie criminelle. La musique, paraît-il, adoucit les mœurs… Le gouvernement britannique instrumentalise au passage la réinsertion sociale du personnage, qui passe du statut de monstre à celui de légume à des fins électorales et sous couvert de recherche scientifique. Attention, ladies and gentlemen, un psychopathe peut en cacher d’autres !

 

(1) Expression empruntée à Serena Gentilhomme