Résumé:

A 14 ans Greg n’accepte pas la mort de sa mère.
Décédée dans un accident d’avion, on lui a attribué la responsabilité du crash en tant que responsable du nouveau système informatique de pilotage testé durant le vol mortel.
Persuadé de son innocence, Greg utilise internet et son blog pour dénoncer un complot.
Ses suppliques semblent être lettres mortes jusqu’au jour où il se voit contacter par un certain Zorg qui lui promet de lui révéler la vérité s’il le rejoint au 6ème cercle du monde d’Akéron, un jeu de rôle en ligne inspiré de l’enfer de Dante auquel joue l’adolescent.
Malheureusement, l’initiative de Greg a fini par attirer sur lui l’attention des services de police qui préviennent son père : il se voit interdit d’aller sur le net!
Devant l’intransigeance paternelle le seul espoir de Greg demeure en son frère Ludo qui s’est mis à jouer à Akeron dans le but de séduire le professeur particulier de son frère. Alyssa étudie le jeu pour le mémoire qu’elle prépare sur l’influence du monde virtuel sur les relations entre les gens.

Notre avis:

Après s’être formé à l’écriture au travers les scénarios de feuilletons télévisés et de spectacles, Gilles Tourman édite aux éditions Seuil, dans la collection Karactère(s), son premier roman.

On ne sait si cette intrigue est inspirée directement de son expérience professionnelle. Si son passé de Commandant de police l’a amené à travailler à la DCRI (La Direction centrale du renseignement intérieur), il n’en reste pas moins que cette histoire très actuelle se révèle bien écrite et d’un véritable intérêt pour un plus large public que les adolescents cœurs de cible de cette collection (Akeron –Le royaume de sept cercles est conseillé « à partir de 14 ans »).

Le récit se révèle à la fois ludique et instructif. L’auteur trouve un juste équilibre entre l’environnement réaliste, où il fait évoluer ses personnages, et le récit de fiction.
Sans sombrer dans la paranoïa, Gilles Tourman nous met en garde sur les dangers du net.
Akeron mettant en scène un réseau criminel aux multiples ramifications, utilisant entre autre un jeu en ligne qui porte ce nom.
Le modèle économique du MMORPG (massively multiplayer online role-playing game), jeu massivement multi-joueurs, est pertinemment analysé.
Les divers développements du roman sont autant d’occasions judicieuses d’aborder les moyens utilisés pour fidéliser les amateurs d’aventures.
Des patchs proposants de nouvelles armes pour les avatars, de nouveaux monstres, en passant par les services en ligne permettant d’acheter des objets « virtuels » avec de l’argent « réel » jusqu’aux règles de bonnes conduites et les comportements à éviter entre joueurs, tout cela montre si ce n’est une certaine pratique, un travail de recherche important.
La controverse quant au phénomène de dépendance des utilisateurs (le phénomène des « no life ») n’est pas écartée, le traitement qui en est fait étant très vraisemblable.

Le seul bémol est sans doute dans la cohérence même de l’univers du jeu Akeron. Les différentes scènes (phases de jeu) qui s’y déroulent laissent entrevoir des inspirations trop diverses qui nuisent à sa crédibilité.

Le comportement de l’horrible Sung, qui utilise les données personnelles de joueurs éparpillés sur le net, détourne les messageries instantanées pour manipuler les internautes et parvenir à ces fins, nous interpelle de façon plus générale sur notre comportement d’utilisateur de ce nouveau moyen de communication où nous exposons, sur la toile, plus ou moins consciemment notre intimité.

Rempli de suspens et dans l’air du temps, Akeron –Le royaume de sept cercles se révèle également un roman familial.
Pour contrebalancer la froideur du monde concurrentiel du jeu en ligne ainsi que la délinquance sous jacente dans le récit, l’auteur a choisi d’entourer ses personnages de nombreux amis ainsi que des parents bien présents qui protègent comme ils peuvent leurs enfants de la criminalité, tout en les laissant connaître des expériences qui les feront murir vers l’âge adulte.
Une approche optimiste bienvenue dans le cadre d’une intrigue parfois assez inquiétante.

Un premier essai qui se révèle très sympathique, un livre trépidant qui se lit avec un réel plaisir et qu’on se surprend à trouver trop court.