Le spécimen du youtubeur faisant désormais partie du paysage médiatique et culturel, il est bien naturel de le retrouver au centre d’un roman. Le héros de L’Anomalie se nomme Nolan Moore, c’est un scénariste raté revenu d’Hollywood et devenu une petite vedette du Net grâce à son émission « Aux Frontières de l’anomalie », un show à sensations dans lequel le gars s’improvise archéologue de l’étrange pour attirer l’attention des curieux sur les bizarreries plus ou moins occultes de divers sites à travers le monde. Beaucoup d’esbrouffe et de poudre aux yeux, mais le show a semble-t-il tapé dans l’œil d’un mécène prêt à financer les grands débuts de l’émission sur une chaîne du câble. Il va falloir taper fort pour cette première, alors Nolan s’embarque avec sa petite équipe de tournage sur le fleuve Colorado, tout au fond du Grand Canyon, à la recherche d’une grotte légendaire découverte il y a plus de cent ans mais dont les autorités les plus compétentes (y compris la prestigieuse Smithsonian Institution) s’appliquent, allez savoir pourquoi, à nier l’existence…

L’argument de ce récit du Britannique Michael Rutger (établi en Californie, il est lui-même scénariste à Hollywood) ferait parfaitement l’affaire pour servir de pitch à un énième film façon « found footage » : les protagonistes, bien sûr, dénichent la caverne mystérieuse et, caméra à l’épaule, s’engagent avec une prudence minimale dans la béance obscure. C’est parti pour une ribambelle de chapitres dans lesquels le petit groupe, vite prisonnier des entrailles de la montagne, va devoir lutter pour sa survie à la recherche d’une hypothétique issue de secours. On peut craindre de s’ennuyer à suivre ainsi une action limitée au décor unique d’un réseau de couloirs percés dans la pierre, mais il n’en est rien : la narration (à la première personne) est vive, pleine d’humour malgré la situation dramatique, et les dialogues alertes sont dominés par les échanges entre Nolan Moore, le pseudo-journaliste, et son caméraman bedonnant, Ken, deux vieux complices qui n’en finissent pas de s’envoyer des vacheries drolatiques histoire de ne pas céder au désespoir face à un danger grandissant (eh non, les apprentis spéléos ne sont pas tout à fait seuls dans leur prison de rocaille). Malgré un thème tout de même rebattu (à la lecture, on ne peut jamais faire abstraction de The Descent, le fameux film de Neil Marshall, à l’intrigue très voisine), L’Anomalie réussit donc à capter l’attention et à titiller la curiosité, de bout en bout. À découvrir avant qu’un projet d’adaptation filmée pointe le bout de son nez.

En librairie depuis le 12 août 2020.