Ils sont quatre : un champion de la télékinésie, un ninja ultra-ultra-rapide, un ours-garou et une femme invisible qui envoie des high kicks plus fort que Jean-Claude Van Damme. Les « Fantastic Four » russes sauvent Moscou, l’ex-URSS et le monde sous l’égide d’une militaire blonde tout cuir au lipstick écarlate, dont le rouge s’accorde impec avec la semelle de ses stiletti Louboutin.

Ces Guardians (en v.o. « Zashchitniki ») sont un décalque manifeste des films de super-héros américains, X-Men, Avengers et autres. Le plus amusant, cela dit, n’est pas de recenser les points communs avec les productions Marvel, mais plutôt de relever les spécificités soviétiques de ce sympathique divertissement. L’intrigue (pondue par un certain Andreï Gavrilov) nous renvoie ainsi à la Guerre froide, à sa course aux armements et ses secrets militaires, comme si l’inspiration russe en matière de S.F. et de récit d’action ne pouvait se défaire de ce pesant passé politique. Sur ordre du Kremlin, le bloc de l’Est a aussi produit à la chaîne durant des décennies des sportifs de haut niveau archi-dopés, alors pourquoi ne pas imaginer qu’un scientifique passablement jobard, jadis à la solde du pouvoir communiste, ait conçu à des fins belliqueuses une lignée de surhommes aux pouvoirs extravagants. Les « gardiens » sont ainsi d’anciens sujets d’expérience réunis aujourd’hui en équipe par l’ex-armée rouge pour contrecarrer les plans du diabolique Kuratov, le savant fou précité, un renégat atteint par un délire mégalo de domination du monde.

Le salut de la planète et de la Russie, qu’importe le talent des super-héros, passe donc par l’initiative des militaires. Comme je le disais, ce prestige intact de l’uniforme (pour retrouver un ton équivalent dans le cinéma US, il faut remonter aux années 1950-60) relève d’un esprit très soviétique, relevé par ailleurs de bonnes petites touches de vulgarité clinquante post-glasnost, incarnée dans les personnages féminins, hypersexués. Chez les hommes, le cœur et l’âme russes palpitent plutôt sous la fourrure d’Arsus, un des quatre héros, qui a la faculté de se changer en ours brun, symbole de la force, du pouvoir, l’emblème animal du pays de Vladimir Poutine.

Zashchitniki n’a coûté que cinq millions de dollars, une somme ridicule comparée aux fonds que la Marvel investit dans ses productions quasi-annuelles. Pourtant, visuellement, le film de Sarik Andreasyan ne souffre à aucun moment de cette disparité de budget (à croire que l’essentiel des billets verts des tournages américains part dans les cachets des vedettes employées pour porter capes et masques). Le look du « bad guy » Kuratov, également, si on ferme les yeux sur ses bottes en caoutchouc, est assez réussi. Le film pèche ailleurs, par sa naïveté confondante (les acteurs sont dirigés n’importe comment, et les héros se comportent entre eux comme des gamins de CM2 dans la cour de récré), par les raccourcis acrobatiques du scénario et la qualité très inégale de l’interprétation (dans le rôle du « major Larina », le chaperon des Guardians, la comédienne Valeriya Shkirando est bien jolie, elle a beaucoup d’assurance, mais elle ne sait pas jouer). Des défauts qui seront peut-être gommés dans un second volet clairement annoncé par la conclusion… En attendant, Guardians sera à découvrir dès le 24 juillet (en VOD) et le 26 juillet en DVD et blu-ray (édités par Wild Side Vidéo).